Le 7 octobre 2011 @ Clermont-Ferrand

Publié le par Milega

Auvergnate quelques mois par an, c'est avec joie que je suis allée à la grande ville, Clermont-Ferrand, pour un concert acoustique de Benjamin. Hier soir que cela avait lieu.

Arrivée à la gare SNCF, j'ai traversé le boulevard de l'Union Soviétique. Au 55, se trouve un squat. Un squat où j'avais bien l'intention de passer la nuit sur recommandation d'un pote. Histoire de mettre du sel au quotidien. Je sonne. J'attends longtemps. Finalement, un gars m'ouvre. Son chien me renifle. Il m'est possible de dormir dans le squat seulement si je rentre avant minuit. Oups... Punk is dead. (du coup, j'ai fini dans un hôtel pour VRP) (dormir dans un squat : à faire)

A 20 heures, une file de jeunes filles accompagnées de quelques hommes patientent à l'extérieur du Coffee Break, un bar lounge tenu par un jeune clermontois. Je préfère me jeter un petit verre de Bordeaux au troquet d'en face. Tandis qu'au comptoir, les habitués goûtent un alcool homemade à base de réglisse, le patron consulte la fiche wikipédia de Benjamin sur son iphone : « C'est en quelle année qu'il a fait la Nouvelle Star ? », "C'est bien ce qu'il fait ?".

Le Coffee Break est blindé (une centaine de personnes). Je patiente sur le trottoir avec un demi et me mêle de la conversation de deux types ahuris par le nombre de jolies filles au mètre carré : « oui, oui, il a déjà rempli la Coop' de Mai », « oui, oui, il est cool».

Première partie sympathique même si nous sommes pour l'ensemble assez peu réceptifs au répertoire « ballades rock des années 50 » de Dan-O-Sonic.

10 titres

Benjamin entre ensuite en scène. Une heure de set en acoustique où il propose (dans le désordre) ses nouvelles compositions : Contretemps, Indélébile, Et... Tadam !, Tombé du camion, Défoule. Une plus ancienne : Décor. Un quart d'heure anglais avec My Eternity, Just Know That I Knew ainsi que deux reprises : St James Infirmary et pour la première fois sur scène, si je ne m'abuse : Lover, you should have come over de Jeff Buckley.

Mes impressions alors qu'il me manque un Duc ? Mais il est prêt pour enregistrer son premier album studio ! Il a bien travaillé et re-travaillé et re-re-travaillé ses nouveaux morceaux ! Certes, tout n'est pas calé mais dans un environnement d'émulation, entouré de musiciens et d'arrangeurs talentueux, il nous enregistrerait l'album que nous attendons depuis 3 ans !

 

Bref. On récapitule.

Benjamin Siksou jouait dans des bars parisiens des compositions en français et en anglais et des standards du jazz. Il passait en parallèle des castings cinéma. Deux rôles décrochés : une comédie pour ados avec Daniel Auteuil. Le rôle de Largo Winch adolescent. Sans oublier une apparition dans La vie au ranch. Alors qu'il n'a que 19 ans, Matthieu Grelier, le directeur artistique de la Nouvelle Star le contacte via myspace pour qu'il participe aux castings du télé-crochet télévisuel qui venait de couronner Julien Doré. Après moults hésitations, le jeune homme s'est laissé convaincre parvenant même à se hisser jusqu'à la finale. Benjamin Siksou cristallisait alors de nombreuses attentes de professionnels de la musique, de journalistes et d'un large public. Pourtant, il préféra repartir à zéro ou presque. Alors qu'il lui était aisé de céder aux sirènes de plusieurs majors de l'industrie musicale, alors qu'il avait suffisamment de titres pour un album, alors qu'il lui était facile de trouver des artistes de la nouvelle scène française pour lui écrire des titres sur-mesure à l'instar de TOUS les candidats de télé-crochets qui ont bien vendu leur premier album  (Jenifer, Olivia Ruiz, Nolween Leroy, Elodie Frégé, Camélia-Jordana, Julien Doré, Christophe Willem etc), Benjamin Siksou a opté pour reprendre son stylo et écrire de nouveaux morceaux, tout seul, en français.

Une mini-tournée triomphale à travers la France avait confirmé son énorme potentiel. Depuis, tous les six mois, une nouvelle date de sortie d'un album est annoncée. Pourtant, trois ans plus tard, toujours rien dans nos ipods. Les uns se sont lassés d'attendre. Les autres sont déçus qu'il n'écrive plus en anglais comme Irma, Soko, Yodelice ou Charles Pasi alors que le single édité après la Nouvelle Star (co-écrit avec le britannique Hugh Coltman) correspondait idéalement à ce qu'on pouvait supposer qu'il allait nous proposer. Pourtant, comme me l'a dit récemment une lectrice de ce blog : My Eternity était un bel accident. D'autres encore continuent de l'encourager en assistant à ses concerts au Duc des Lombards, La Cigale, L'Alhambra, le Glazart etc parce que Benjamin a toujours le groove, les gens ! Il aime toujours les arrangements jazzys ! Son timbre de voix est toujours unique ! Son jeu de guitare sonne même encore mieux qu'avant et son charisme sur scène (et dans la vie) a décuplé...

Côté cinéma, depuis trois ans, Benjamin ne chôme pas : il participe à des courts métrages, tourne un téléfilm de Emmanuelle Bercot (salué par la critique) et tient le premier rôle masculin dans une comédie musicale aux côtés de Leila Bekhti. Il est probable qu'il fera parti des jeunes espoirs pré-sélectionnés pour les César 2012. Dans tous les cas, il est remarqué par les professionnels du cinéma comme en témoigne sa participation au Jury Révélations du dernier Festival du cinéma américain à Deauville.

Côté musique, Benjamin a quitté le chemin qu'on lui avait tracé. On le savait qu'il n'aimait pas les raccourcis, de toute façon, non ? N'est-ce pas pour cela qu'il avait réussi à accrocher un public peu adepte de télé-réalité ? Aujourd'hui, à 24 ans, Benjamin préfère explorer les alentours, prenant le risque de se perdre dans les méandres de la création artistique et de l'inspiration soit, mais expérimentant la vie ! Celle qui donne des insomnies. Celle qui le réjouit autant qu'elle le déçoit. Celle qui l'amène à errer en observant ses concitoyens et des bâtiments Art Déco. Celle qui l'amène à s'ouvrir sur des contrées lointaines. Ce n'est pas parce que nous vivons dans une société où la compétitivité, la productivité et la rentabilité ont remplacé la liberté, l'égalité et la fraternité que nous devons nous laisser dompter. Surtout pas lui. Benjamin Siksou a des idées bien arrêtées. Des avis tranchés. Des opinions qu'il argumente. Il a besoin d'être en rupture, en danger pour se transcender. De se sentir aimé et soutenu pour s'ouvrir. Il ne baisse pas les bras. Il agit selon son instinct, ses idéaux et ses coups de cœur. Enfin, il s'ouvre de plus en plus vers les autres, reléguant sa timidité aux oubliettes.

Tout ça pour dire, que ce concert fut une révélation pour moi qui faisait partie, je peux l'avouer maintenant, de ceux qui ne comprenaient pas pourquoi il n'écrivait plus en anglais alors qu'il faut, j'estime, une sacrée maturité pour se livrer en français ainsi qu'une capacité d'analyse, de recul, d'observation, d'imagination, d'introspection et d'ancrage dans la vie réelle, pour se lancer. Ce 7 octobre 2011 m'a confirmé que j'ai eu raison de faire confiance à ce petit gars de 20 ans vu dans mon poste de télévision en 2008. Il va le faire ce putain d'album ! Quand ? Quand il rencontrera un directeur artistique avec qui le feeling passera.

(je déteste de plus en plus filmer pendant un concert)

(avant de filmer la reprise de Jeff Buckley, j'ai oublié de vider ma carte mémoire donc je n'ai enregistré qu'une minute) (je suis désolée)

(j'oublie toujours de prendre des photos de Benjamin)

(un jour, je me le jure, j'aurais ma photo de fan à ses côtés...;-))

(big up à Pupuce23)

 

A bientôt sur le blog ! (copyright MuLes)

Publié dans Benjamin's Concert

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LOLA 10/10/2011 19:03



Ben en fait pour Thomas je crois qu'il a sorti un 1er extrait de son album qui sortira en janvier prochain ... à mi-chemin entre un Julien Doré et un Philippe Catherine (en tout cas dans la
forme) ... moi qui le revait plutôt entre un Jim Morrison et un Jack White, ha ha ha, c'qu'on peut être con hein parfois !


Et case toi P'tit Jules ça s'rait vraiment cool : au niveau musique j'aimerais bien savoir ou il en est ... pcq'au cinoche son "Simon Werner a disparu" avec Fabrice Gobert était franchement
réussi.



Milega 11/10/2011 08:49



Aucune idée pour Jules, le prometteur à part qu'il passe les mêmes castings cinéma que Benjamin... ;-) Bientôt dans un même film ? Ce serait rigolo.



LOLA 09/10/2011 14:24



Punaise ça fait 3 ans et j'ai l'impression qu'y'a un bail ! Piqûre de rappel qui met en évidence l'atypisme de l'artiste ... j'en ai jamais douté à vrai dire.


A pas peur pour lui, ça va venir à point nommé et puis sa relation au cinéma va s'épanouir en parallèle ; j'aime aussi beaucoup ce que dégage Jules (Pélissier) et comment il grandit, grand
potentiel  ... également pour Thomas (Marfisi) dont l'univers musical me parlait plus que pour tous les autres je l'avoue (une déviance absolue vers les Doors et les White Stripes oblige).


Quoiqu'il en soit et malgré mon net penchant pour l'anglais (+++ pour la collaboration avec le sublime de Hugh Coltman) j'attend avec interêt cet album tant attendu.


Merci pour tes ressentis Milega, ici ça dure et ça fait du bien, bravo les filles.



Milega 09/10/2011 15:31



Piqûre de rappel pour moi aussi...


Jules forever, un jour, je le rencontrerais et lui botterais les fesses de m'avoir dit oui à deux reprises pour une ITW puis plus rien ! ;-)


Pour Thomas, je n'ai même pas écouté son album... shame on me. Il va faire plein de premières parties, j'ai vu, en plus de celle de Mélanie Laurent.


Avant l'album tant attendu, des concerts se profilent, des films peut être aussi... et à vrai dire, je préfère mille fois l'écouter en live plutôt que sur mon ipod ! Effet 3D +++++ ! Hahahaha !


Oui, ça dure car on n'est pas du genre à se lasser avec MuLes. Nous sommes de grandes amoureuses, fidèles ! ;-) Ca dure aussi parce qu'il nous donne beaucoup. C'est un chic type... et à vrai
dire, je te raconte pas la pression qu'il m'a foutu : "Tu vas écrire un débrief ? Tu vas le publier quand ?" (je croise les doigts pour qu'il ne lise pas les commentaires) (hahaha) (merci à toi
LOLA de nous lire depuis si longtemps)



m a 09/10/2011 03:02



magnifique papier - merci Milega



Milega 09/10/2011 11:44



Il me surprend et m'émeut toujours autant... ;-)



Charline 09/10/2011 01:23



Ce concert a été parfait mais tellement court, tellement.


Je prend donc le train pour Clermont et qui j'aperçois dans le wagon à même pas 1m de moi, Benjamin, beau hasard et je me dis que la soirée commence bien.


Voilà le concert , une très belle surprise, magnifique progression depuis le dernier concert auquel j'ai assisté. Ces toutes dernières nouvelles compos (que j'attendais depuis longtemps),
ouuuuuah j'en perd mes mots. En anglais comme en français il déchire simplement (je me demandais comment les chansons en français allé rendre et bien pari gagné pour lui, personnellement j'ai
adoré).


Alors certes avec les musiciens l'ambiance est différente mais tout seul accompagné de sa guitare il assure tout autant, plus je l'écoute plus je me dis mais quel talent, quel voix.


On l'aura donc compris, belle soirée et encore bravo à l'artiste qui ne fait que nous le prouver au fur et à mesure.



Milega 09/10/2011 11:43



Merci pour tes impressions ! Oui, une heure, c'était COURT. Dans tous les cas, j'ai trouvé qu'il y avait comme une fureur de vivre à la James Dean dans ses interprétations. J'ai souvent eu
la chair de poule. Notamment sur Et... Tadam ! 


... le public était très respectueux. Pas de cris hystériques. Pas de "à  poil". Pas de rappel, non plus : j'étais déçue.



AIE-TV-BLOG.COM 08/10/2011 21:32



Première réflexion à destination de la rédactrice : putain, tu écris vachement bien, mieux que moi je ne le ferais ... Bravo pour le compte rendu (bon dommage pour les photos et les videos, un
peu de Jejj Buckley ne fait pas de mal, non plus).


 


Deuxième réflexion, ce vibrant article destiné à partager le parcours d'un artiste en devenir qui essaie de tracer sa route comme il le sent, me fait penser à des milliers d'autres qui cherchent
à trouver le bon partenaire qui sera capable de les accompagner quelque soit les risques artistiques (et financiers)  et les changements de route.


Dans ce monde impitoyable de l'industrie du disque et de la musique, le parcours de Benjmain Siksou est atypique, il s'est offert le luxe de faire ses choix musicaux qui n'étaient pas forcément
en phase avec ceux d'une industrie commerciale (et oui, c'est la vérité vraie). L'avenir dira si il a eu raison de ne pas aller dans le sens du vent en composant en français, de prendre le temps
de faire ce premier opus que les plus fervents attendent depuis 3 ans, pour faire bref de ne pas s'engluer dans la réalisation d'un album dans lequel il ne se reconnaitrait pas.


Ca prendra le temps qu'il faut. Par contre la frilosité ambiante et le manque de risques des labels risquent de prolonger ce temps d'attente. 


On a bien compris que le talent est là, encore faut-il trouver les bonnes personnes capables de développer ce talent et de l'accompagner.


Ce vibrant plaidoyer, j'espère qu'une oreille professionnelle le lira, ouvrira la bonne et saura dépasser toute l'imagerie de TV réalité plaquée aux basques de  Benjamin Siksou, pour l'aider
à produire l'album d'un superbe auteur compositteur interprète. Et même si je ne pratique absolument pas, ben là, je n'ai qu'un souhait à formuler : que Dieu t'entende et le directeur artistique
et/ou label qui va avec ...



Milega 09/10/2011 11:57



A vrai dire, je n'ai pas écrit ce texte comme un vibrant plaidoyer à destination des maisons de disques qui ne liront certainement jamais cette note.


A la base, j'ai pensé faire une interview avec la question finale : "à quand l'album ?" mais en discutant avec lui, j'ai compris que la date de sortie de l'album ne dépendait pas  de son bon
vouloir ou de l'avancée de son travail de composition et d'écriture : la sortie de l'album dépend de questions stratégiques, mercantiles et est liée à une tentative d'alignement avec une prise de
risques minimum. Nous sommes bien loin de nos considérations musicales... et ton commentaire résume tout à fait la situation pour lui et de nombreux autres artistes talentueux.


Cet article pour aider ceux qui ne connaissent pas l'univers des industries musicales à comprendre quoi ou qu'est ce, à transmettre aux lecteurs mes impressions sur l'état d'esprit actuel de
Benjamin, à signifier mon soutien quant à ses choix et à réitérer mes encouragements.