Benjamin Siksou by MuLes

Publié par MuLes

Entretien Carpe Diem avec Benjamin Siksou
 
Paris, Café de la Danse – 11  avril 2009, 18h
 

Rendez-vous était donné au Café de la Danse, à 18h au lendemain d’un concert triomphal, juste avant le dernier concert parisien de cette première série de dates. Toutes complètes, est-il besoin de le rappeler ? Benjamin Siksou vient de passer à la moulinette des questions de notre amie belge A., blogueuse et journaliste. Nous n’avons pas pris le temps de nous concerter... J’ai donc une légère appréhension concernant la répétition d’éventuelles questions et l’ennui qui pourrait en découler chez mon interlocuteur. Et pourtant mes minuscules craintes vont bientôt s’évanouir...

Nous nous installons sur les banquettes rouges pas plutôt inconfortables du bar du Café de la Danse dans la relative obscurité de la salle. 

MuLes : " Bonjour !

Benjamin Siksou : Bonjour !

M : Ça va ? Comment se sont passés ces premiers concerts ?

B.S. (énorme sourire) : Là, hier, j’sais pas comment tu la ressentis, toi ? Mais, il s’est passé un truc, hier.

C’est après que tu t’en rends compte, dans les heures qui suivent. Pendant c’est énorme et à la fin, il y a une espèce d’euphorie générale. Et donc, j’ai eu du mal à m’endormir. (rire)

M : Ah ouais ???!!! (très professionnelle, hum !)

B.S. (sourire) J’ai eu trop d’émotions, trop de bonnes vibrations, vraiment !

C’est le troisième et donc une troisième ambiance ; ça change à chaque fois. Nous, on a plus ou moins le même set ; on a les mêmes morceaux, mais il ne se passe jamais tout à fait la même chose. C’est l’intérêt des concerts. Ce soir, ça va sûrement être différent d’hier, même si c’est la même salle. C’est l’imprévu et c’est ça qui est excitant.

Hier, c’était le troisième, il va encore y en avoir d’autres, mais c’est la première fois que j’ai une vraie satisfaction.

M : Tu n’étais pas satisfait des deux premiers ?

B.S. : Si ! Mais, j’ai reçu trop d’amour, quoi ! (rire)

M : Et ton public, alors, qu’est-ce que tu en penses ?

B.S. (sourire, de nouveau) : Ben, il y a une attention qui me touche beaucoup, une écoute...

Je me mets à leur place, je me dis que ce sont des morceaux qu’ils ne connaissent pas vraiment. Donc ils ne savent pas trop ce qu’ils vont écouter, donc ils écoutent bien. Et voilà, ça passe des cris au silence, ça fait... j’ai... c’est très... (ému)

M : Leur réaction est différente sur chaque morceau, en fait ?

B.S. : Oui ! (franc et massif !) Oui et en même temps, il y a une vrai écoute, un vrai respect. C’est merveilleux !

M : Par, exemple, hier sur My funny valentine...

B.S. : Il y avait un silence...

M : ... de cathédrale !

B.S. (sourire) : Ouais et c’était beau, quoi !

Benjamin Siksou - My Funny valentine (Chet Baker) + You got me (The Roots feat. Erykah Badu) live @Café de la danse

 

M : Sais-tu si Line Renaud a l’intention de prendre un abonnement pour tes prochains concerts ?

B.S. (rire) : J’sais pas... Faudrait que je l’invite ! On n’a pas encore échangé nos numéros de téléphone. " (rire)

Et, là, MuLes, qui n’a pas les gadgets de James Bond, se rend compte que la discussion n’est plus enregistrée. Pas le droit à la caméra, le dictaphone plein à craquer n’a pas été vidé... La pauvre « intervieweuse » que je suis a tout de même la présence d’esprit et la maîtrise de soi de James. Je ne panique pas et continue à prendre des notes consciencieusement. Benjamin ne se démonte pas non plus et continue de répondre à mes questions, toujours souriant, parfois riant et souvent avec des étoiles dans les yeux, conséquences de la soirée précédente.

Il y a quelque chose de frappant dans le fait qu’il te regarde dans les yeux (Ouais, les filles, vous pouvez m’en vouloir, bavez tant que vous voulez !) ; un signe de confiance... j’imagine. Tout ça me donne quelque peu contenance. On continue donc à parler de la tournée.

Après cette première « fournée » de dates, il semble ravi de faire une pause pour apprécier et prendre le recul nécessaire pour avancer de nouveau et peut-être aborder les concerts de mai-juin en y ajoutant des morceaux inédits. Pas de nouvelles dates fixées en dehors de celles déjà annoncées et officielles, mais une énorme envie d’aller voir son public là où il se trouve. Il aimerait jouer à Bruxelles, mais pas seulement : « Je vais faire le forcing pour aller là-bas : Bruxelles, la Suisse, Toulouse... » (mon petit cœur d’habitante du Sud-Ouest fait des bonds de lapins. Ce n’est pas pour rien que je suis la créatrice de cet innocent groupe Facebook). « Le but, pour l’instant, c’est de faire des concerts. »

Pas pressé de faire la promotion de son premier single My Eternity (en téléchargement légal uniquement) même s’il se sent plus à l’aise, bien mieux sur un plateau de télé (comme on a pu le voir au Grand Journal Jeudi 9 avril). Pas pressé non plus de faire des festivals pour élargir son public et se faire connaître au-delà, même s’il y pense. Il sera plus « libre, plus léger  quand  le projet sera abouti, quand il y aura un objet palpable et fini ! ». Pas pressé de brûler les étapes et de vendre un album avant de l'avoir fait ; bien qu'il reconsidère maintenant sa position sur ses anciennes compositions (Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis!). Le jeune musicien garde sa ligne de conduite, a décidé de prendre son temps et de profiter du jour présent...(Que sera ! Que sera !).

 

Nous évoquons A Love Supreme, adaptation du morceau éponyme de John Coltrane pour les concerts. Le saxophoniste de Jazz est une de ses références ; il a donc repris le thème du morceau de Coltrane et a écrit des paroles à partir de celui-ci. Je lui fais part de mon admiration pour les arrangements de ce titre, mais mes compliments semblent s’évanouir dans l’espace qui nous sépare. Il s’enflamme de nouveau quand j’évoque le tournage apparemment imprévu de « A bicyclette »  (tout s’est décidé en un mois).

M : " Tu as tourné avec Xavier Beauvois et Claude Chabrol un court-métrage appelé « A bicyclette » sous la direction de Jean Douchet, qui a notamment côtoyé La Nouvelle Vague. Était-ce un rêve de cinéphile qui se réalisait ? Comment ça s’est passé ?

B.S. (sourire) : J’ai été spectateur pendant une semaine !

J’ai vécu un rêve éveillé ! J’y joue le rôle d’un schizophrène qui tombe de sa bicyclette à chaque fois qu’il essaye de monter dessus. Mais ce sont surtout Xavier Beauvois et Claude Chabrol qui ont les rôles importants. C’était un vrai bonheur. 

Claude Chabrol est vraiment hilarant et j’ai eu une longue discussion avec Jean Douchet. En plus, j’ai écrit la musique de fin du film... J’ai même utilisé le thème de cette musique pour créer la chanson d’intro du concert (Je suis si content d’être ici ce soir). C'était génial, génial, génial ! "

J'ai également retenu que Xavier Beauvois et Claude Chabrol jouent le rôle de médecins dans ce court-métrage qui fait partie d'une trilogie sur la schizophrénie.

Lorsque j’essaye de parler d’Oxmo Puccino qui a dit de lui dans Elle : « Benjamin Siksou au Café de la Danse. Belle voix, prestance, gentillesse... ce mec va être une superstar. On travaille sur une chanson ensemble. », Benjamin reste peu bavard, c’est « Très élogieux ! », c’est un véritable « plaisir de travailler ensemble et d’échanger avec lui... »

Il est aussi heureux du succès de My Eternity (qui ne le serait pas ?) ; le titre est très majoritairement encensé et il se vend plutôt bien (il est même remonté dans les charts après son passage au Grand Journal ; toujours premier dans les catégories Jazz/Blues ). Mais le versant commercial ne l’intéresse pas ; le succès n’est pas près de lui monter à la tête.

Benjamin Siksou - My eternity

 

M : As-tu un message pour les internautes et les lecteurs du blog ? Tu te rends compte qu’il y a un peu près un millier de visiteurs par jour sur le blog (Quand ce n’est pas plus !), et ils y viennent aussi pour les articles musicaux toujours autour de ton univers musical ?

B.S. : Sincèrement, je remercie les gens de s’intéresser...

Je suis très heureux d’avoir déclencher tout ça. De temps en temps, j’y vais et je découvre des trucs, des vidéos hallucinantes, des mecs, l’article sur le Hip hop and Jazz ... Waouah ! C’est excellent !

Et puis, c’est cool parce qu’ainsi, je sais ce qui se passe dans ma vie ! " (sourire)

(Je le rends vidé, usé... à DLP. Euh pas si usé que ça, car il assurera encore le spectacle le soir même, dans une ambiance encore différente.)

Benjamin Siksou - Douce nuit live @Café de la danse

 

J’ai donc échangé avec un Benjamin pas avare de mots, détendu, souriant et passionné, souvent les yeux pétillants à l’idée d’évoquer un sujet qu’il affectionne. Ce que je retiens, maintenant, c’est qu’il entre de plein-pied et de manière professionnelle dans le monde de la musique, mais qu'il garde malgré tout l’envie de jouer et le plaisir en concert (ou le contraire) que ressent l’amateur...

Cet artiste en éclosion semble être un jeune homme frais, humble, généreux et qui se prépare presque malgré lui à une grande carrière. Enfin, ça, c’est nous qui le savons, qui en sommes sûrs ; lui ne le sait pas encore. (sourire)

 

(Un grand remerciement à Matthieu R., Derrière Les Planches et évidemment Benjamin Siksou)