Benjamin Kerber (Les Shades) by Milega

Publié par Milega

Je serai le 6 février à La Cigale pour le concert du groupe Les Shades et autant être franche avec vous, c'est la "première partie surprise" qui m'a fait acheter une place mais comme je suis curieuse (ou avais mauvaise conscience au choix...), je me suis renseignée sur ces jeunes musiciens que je ne connaissais que vaguement.

 

Les Shades font partie des groupes de rock propulsés sur la scène du Gibus par Philippe Manoeuvre: ils ont participé avec notamment les Second Sex et Les Plasticines à la compilation "Paris Calling".

 

Repérés puis produits par Bertrand Burgalat, ils ont sorti leur premier album en mars 2008: Le meurtre de Vénus a reçu de nombreuses critiques élogieuses et pas uniquement de Rock & Folk, hein !


 

En me baladant sur le net, je suis tombée sur le myspace du chanteur, Benjamin Kerber : on peut y lire un long et intéressant texte titré "Jacques Brel et le rock pensé en français". Texte qui m'a donné envie d'en savoir plus sur ce jeune homme, sa musique et sa volonté si affirmée de chanter en français.

 

(je lui ai envoyé un mail lui proposant une interview pour Le Post. Il a d'emblée accepté. Je lui fait parvenir une dizaine de questions. Il m' a répondu le lendemain. L'affaire a été pliée en 24 heures !)

 

Tu es, comme on dit, le leader du groupe Les Shades, formé en octobre 2004 : tu écris/composes la plupart des textes et musiques ; tu préfères donc créer seul mais jouer sur scène en groupe, si je comprends bien ?

Je suis un faux leader car les Shades sont un groupe dont l'addition de chaque membre forme un tout. J'écris effectivement les textes et compose en partie la musique, mais le travail se fait en répétition, en concert et en studio. Dès que j'écris une chanson je m'empresse de faire une démo et de l'envoyer aux autres pour avoir leur avis. Seulement si ça leur plaît on apprend la chanson. Chacun trouve ses parties et ses sons, et notre musique résulte de cette organisation. Par contre, c'est vrai que c'est plus efficace de faire le premier jet des chansons dans mon coin, pour un maximum d'honnêteté. Ensuite selon les remarques de chacun et l'évolution de la chanson, on peut être amenés à modifier des bouts de paroles par exemple.

Peux-tu te présenter et  présenter les autres membres du groupe ?

Je suis Benjamin Kerber, je chante, je joue de la guitare et je compose dans le groupe. Il y a mon grand frère Etienne Kerber à la guitare, deux amis rencontrés à l'école, Harry à la batterie et Victor à la basse. Enfin il y a Hugo qui s'occupe des claviers, on l'a rencontré car on fréquentait les mêmes concerts et soirées et que nous avions des amis en commun.

Tu dis que les textes de votre premier album t'ont lointainement été inspirés par une « fille inaccessible et intouchable». Le sait-elle ? Est-elle plus encline à... maintenant que tu es riche et célèbre ? :-)

Je ne suis ni riche ni célèbre, et je pense que pour garder la magie de cette histoire c'est mieux qu'on ne sache pas qui elle est. Ce qui est drôle c'est que je suis le seul à savoir que la fille est mieux que la chanson.

Sur votre page Facebook officielle, vos influences vont de
David Bowie à Queens of the Stone Age en passant par Jacques Brel pour qui tu sembles vouer une profonde admiration : tu écris de lui sur ton myspace « qu'en tant que francophone, il est totalement parallèle à Bob Dylan et Lou Reed ». Qu'il est « perpendiculaire à Serge Gainsbourg et Jacques Dutronc » mais que pour autant « il est maître d'une oeuvre en tous points égales ou supérieures » : comment as-tu découvert Jacques Brel ?

Ma mère avait toujours ce disque best-of de Brel dans la voiture et on l'écoutait de temps en temps en vacances. Mais moi j'avais toujours mon walkman et je préférais écouter ma musique. Un jour qu'on était à la plage, et je déteste vraiment ça, je suis resté dans la voiture en attendant les autres. J'ai mis le cd dans le lecteur et j'ai été complètement soufflé par la puissance du truc.

 

Quel est ton processus créatif? Quels sont les thèmes que tu souhaites aborder dans tes textes ? Il semblerait que ce soit les sentiments et l'intime qui te guident mais pourrais-tu écrire des chansons engagées à l'instar de Noir Désir ?

D'abord, j'essaye de ne pas trop rester chez et moi et de sortir le plus possible. Aller en cours, sortir dans les bars et les fêtes, m'activer. En fonction de ce qui se passe je finis par trouver des sujets à aborder. Je prends une feuille et j'écris des phrases en vrac, si il y en a une accrocheuse je m'en sers comme refrain et je pars de là. Il y a plein de choses qui peuvent pousser à écrire une chanson, un mot qu'on a entendu dans une conversation, une relation amoureuse. Souvent on se retrouve à parler d'une valeur qu'on apprécie, la sincérité ou la tendresse par exemple. Sur notre album, la chanson "Machination" a été écrite après une déception liée à l'industrie de la musique. Mais je trouve ça ridicule de faire des chansons engagées, ça n'a pas de sens... Autant faire de la politique, et c'est un autre domaine.

 

 

En tant qu'artiste, te sens-tu comme un metteur de mots sur des sentiments universels ? Recherches-tu à ce que votre public s'identifie à vous? Te plairait-il être un porte-parole d'un mouvement, d'une génération?

C'est en partie pour ça qu'on chante en français. On fait de la pop et on veut que les gens s'identifient au groupe, ou au moins adhèrent à notre vision de la musique. Après, le porte-parole d'une génération c'est peut-être excessif. Je ne me suis jamais bien entendu avec les gens de mon âge.

Tu dis qu' « un artiste français qui écrit en français a bien plus de mérite que s’il écrivait en anglais et ce quel que soit le genre musical ». Je comprends bien ton développement mais la musique ne doit-elle pas avant tout susciter des émotions ? Ne fait-elle pas appel aux sens et à la sensualité ? Les sons ne sont-il pas aussi importants que les mots ?

Effectivement les sons sont très importants mais on ne fait pas de la musique d'atmosphère ou de la musique instrumentale...On fait du rock, ou de la pop. Dans les deux cas, il faut qu'il y ait 50% consacrés à la musique, et 50% aux paroles. Donc écrire en français est logique puisque mes deux parents sont français, que je maîtrise cette langue mieux qu'aucune autre. Quand une fille refuse de sortir avec moi, je ne vois pas pourquoi j'écrirais une chanson en anglais c'est un peu bête. Mais pour être franc, je passe plus de temps avec Hugo à fouiner sur audiofanzine, à lire sur le matos, ou dans les magasins à essayer des guitares et des pédales d'effets qu'à écrire des paroles.

Vous ne voulez pas être assimilés à cette vague que les médias nomment les baby rockers: vous vous défendez en disant que vous soignez vos arrangements et que vous vous sentez plus proches de poètes du hip hop comme
Oxmo Puccino... Pourquoi cette volonté affichée de se démarquer ? Faire du rock est trop réducteur ? Aspires-tu à élargir votre palette musicale ?

On est en 2009, et il me semble qu'il ya deux moyens logiques de ne pas faire de la paraphrase dans le rock en France : chanter en français, car peu sont à l'avoir bien fait ; et sortir du carcan des influences classiques Rolling Stones (Téléphone), Cure (Indochine)... A chaque fois qu'un groupe a essayé de faire la même chose qu'un groupe anglo saxon, c'était dix ans trop tard, et dix fois moins bien. Donc on écoute beaucoup de hip-hop, de pop indé, de musique électronique, et on souhaite intégrer tout ça à nos compositions.

Quand on est en répète ou en studio, qu'on réfléchit à nos arrangements, on pense à David Bowie, à Dr Dre, à Brian Eno...On pense en producteurs plus qu'en musiciens et ça c'est précisément un truc qu'on n'a jamais eu en France, jusqu'à l'arrivée de Bertrand Burgalat.

 

Qu'est-ce que tu entends par penser en producteurs plus qu'en musiciens ?

Disons qu'on va plus être inspiré par le piano hypnotique de STILL D.R.E. de Dr Dre sur The Chronic 2001, ou par la production du dernier album des Strokes, First Impressions Of Earth, qui parvient à mettre en valeur tous les instruments à la perfection, que par les musiciens eux mêmes. Ce qui nous intéresse c'est la texture et moins la technique qui peut être lassante. On est un peu des "non musiciens" comme disait Brian Eno : si on doit faire un arrangement de cordes on le fera à l'oreille. S'il faut choisir entre un solo d'une note avec un son super spécial et un truc compliqué avec un son banal on choisira la première solution.


Tu as écrit un titre (NDRL : Intemporel) pour Christophe Willem sur son premier album grâce à Bertrand Burgalat justement : belle expérience ? Quel regard portes-tu sur les télé-crochets télévisuels tels la Nouvelle Star et la Star Academy par lesquels tu n'as pas eu besoin de passer pour signer avec une maison de disques (NDRL : le label indépendant de Bertrand Burgalat : Tricatel) ?

Christophe Willem est un excellent chanteur qui a beaucoup de technique, il n'est pas là par hasard. Par ailleurs c'est quelqu'un de très gentil et qui a les pieds sur terre, j'ai beaucoup de respect pour ça. Je trouve ça évidemment injuste qu'un tas de gens sans aucun talent puissent devenir célèbre simplement en passant à la télévision une fois par semaine pendant un mois... On aimerait bien pouvoir passer à la télé avec les Shades, et montrer aux Français qu'on vaut le coup. Après, il y en a qui sortent du lot, comme Willem justement et Benjamin Siksou qui va faire notre première partie à la Cigale.

 

Vous êtes en concert à Paris, à La Cigale le 6 février, peux-tu nous en dire plus sur ce set ?

Nous allons jouer notre album, et cinq nouvelles chanson qui figureront sur le prochain, qu'on enregistre en avril dans les Pyrénées. Il y aura une grosse surprise à la fin du set également qui risque d'en bluffer plus d'un. On est content de rejouer dans cette salle qui est très agréable pour un musicien, et on espère que le public sera au rendez-vous.

 

ITW ORIGINALE

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