"La vie au ranch" by Les Cahiers du Cinéma

Publié le par Milega

La grande classe ! Deux pages dans le dernier numéro des Cahiers du Cinéma sur les festivals de Vendôme et Belfort avec commme point commun : La vie au ranch de Sophie Letourneur, of course !


ranch
Extrait
:

"Accompagnatrice idéale du trajet Belfort - Vendôme, Sophie Letourneur a défendu son long métrage La vie au ranch dans les deux festivals. Au delà de la première tentative réussi de Roc et Canyon, qui en 2007 proposait une direction d'acteurs hors normes et livrait une expérience d'une belle ambiguïté narrative, son nouveau film vise l'adéquation du fond et de la forme en invitant à l'immersion dans le quotidien d'une bande de filles de 20 ans. Crise d'apnée excitante et irritante, le film réussit le pari périlleux d'une reconstitution autobiographique et d'une mise à distance qui refuse les facilités de l'ironie. La vie au ranch est donc un film de pétasses passionnant et expérimental, délibéremment gonflé et terriblement novateur, qui doit beaucoup à la méthode de travail de Sophie Letourneur.

Acteurs débutants, non professionnels. Séances d'improvisation à partir de canevas proposés par la cinéaste, qui se contente d'indiquer des passages obligés, selon un séquencier écrit d'après archives et souvenirs. Travail au son dans un premier temps, avec des amateurs qui dans la vie forment un vrai groupe. Letourneur ne capte pas les images mais enregistre les répétitions : dialogues, onomatopées, exclamations et voix se superposent. La deuxième étape est celle du montage. c'est là que s'écrit le film. En utilisant le logiciel  Pro Tools, les conversations sont démembrées, réorganisées. Les heures d'enregistrement donnent naissance à un master dont la durée ser acelle du long métrage. Une copie est alors  rendue à chacun des acteurs "comme une partition musicale". Leur travail sera de reproduire le plus exactement possible, lors de la prise de vues, les dialogues retenus par la réalisatrice. Dés lors, l'improvisation n'est plus de mise, chacun s'évertuant à reproduire le rythme et l'intensité de la bande-témoin, chevauchements vocaux compris.

A l'arrivée, rarement atteinte dans la fiction, la captation de l'infra-ordinaire et le portrait d'une communauté qui devient une entité vivante et mouvante, irréductible à la somme des personnalités qui la constituent. Un séduisant monstre de cinéma."

Thierry Méranger pour Les Cahiers du Cinéma de Janvier 2010.

Publié dans Film : La vie au ranch

Commenter cet article