J’ai lu « Mes illusions donnent sur la cour » de Sacha Sperling

Publié le par Milega


Je ne suis pas de ceux qui se jettent sur les nouveautés à chaque rentrée littéraire mais cette année, le buzz autour du premier roman d’un jeune homme de 18 ans a titillé ma curiosité au point que j’ai acheté le dernier exemplaire disponible à la librairie du coin, deux jours seulement après sa sortie !

 Mes illusions donnent sur la cour  est une phrase empruntée à une chanson du premier album de Serge Gainsbourg  dont je vous parlais justement cette semaineL'alcool

 


Sacha Sperling / DR

Le personnage principal, Sacha Winter a 14 ans. Ce roman a pour espace-temps sa classe de troisième à La Lorraine. Comprendre l’Ecole Alsacienne of course. Ecole où l’auteur a suivi ses études. Ecole où il a notamment rencontrer les Naast et les Second Sex,  « des potes ».

 « Devant les grilles de l’établissement, d’un côté, les mères du VI° avec leurs cabats Hermès marron clair, leurs grosses lunettes Chanel, leurs jeans Zadig et Voltaire et leurs blousons Comptoir des Cotonniers, tenant d’une main le Marie-Claire tout juste édité, et de l’autre leur enfant qui a apporté ses ballerines car aujourd’hui il y a aura cours de psychomotricité (la psychomotricité est une discipline que les enfants de Lorraine doivent pratiquer de la maternelle au CE2, afin de mieux évoluer dans l’espace). De l’autre côté, une horde de Philippines, de Marocaines, de Brésiliennes, d’Antillaises habillées avec les anciens vêtements de leurs patronnes, reliques de la période pré-liposuccion. Les deux catégories de femmes ne communiquent pas. »

 (Lire la note de MuLes sur l’Ecole Alsacienne ICI)

Sacha Winter vit à Saint-Germain-des-Prés, avec sa mère, une photographe se voulant « cool » mais au final surtout laxiste et dépassée. Sacha est en conflit avec son père, un homme célèbre qu’il voit peu. Ses parents l’ont conçu alors qu’ils étaient séparés depuis des années et que son père avait déjà refait sa vie et eu deux enfants.

(Sacha Sperling est le fils des cinéastes Diane Kurys et Alexandre Arcady)

("Avant la sortie du livre, je n'étais le fils de personne. Alexandre Arcady et Diane Kurys, tout le monde s'en fout ou presque ! Maintenant, j'ai l'impression d'être le fils de Madonna et Mick Jagger...")

Sacha devient pote avec Augustin, un autre ado de 14 ans.  Ensemble, ils boivent de la Smirnoff, fument des joints, prennent de la coke, des médocs, vomissent, vivent la nuit et sèchent les cours tout en expérimentant les relations sexuelles ensemble, à trois notamment avec une femme de 35 ans (« une adolescente avec plus d’assurance et de panache ») ou chacun de leur côté avec de jeunes et  jolies filles.

« Sur la table de nuit, il y a des photos. Flora avec ses parents à Hawaï, Flora sur un cheval et puis une photo de notre bande à Disneyland. Il y a Flora, Jane, Rachel, Quentin, Alexis, Grégoire, Dominique, Nina et moi. On est devant Space Moutain. On a onze ans (…) Je n’arrive pas à croire que ça fait seulement trois ans. Trois ans. C’est rien. C’est beaucoup de rien en trois ans. Je repense à une boum chez Mélissa. Les slows sur R. Kelly. Je revois Flora portant un tee-shirt rose à l’atelier poterie de l’école, en sixième, en train de modeler un ours. Elle commence à branler Augustin qui renifle comme un fou. L’atelier de poterie. Elle me branle aussi. Je bois du vin en même temps. Trois ans. Ce goût amer. Les slows. Elle suce Augustin puis moi en alternance. Flora a un an de moins que nous. Elle ne sait pas très bien s’y prendre.»

Décrit ainsi, ce roman ne donne peut être pas très envie de dépenser 18.90 euros. Pourtant, Sacha Sperling n’est pas Lolita Pille. Ses personnages ne sont pas de pauvres petits garçons riches. L’argent, ils en jouissent mais ne se posent pas plus de questions que ça sur en avoir ou pas. Pas de sentiments de culpabilité d’être privilégié socialement.  Sacha expérimente ce qu’il pense être une vie d’adulte sans en avoir la maturité, repousse ses limites pour se sentir vivant et tente d’attirer l’attention de ses parents comme un  ado lambda.

« Plus tard dans la soirée, j’irai seul au bar  de l’hôtel. Je voudrais que quelqu’un me rencontre. Je fumerais des cigarettes avec des airs mystérieux. Je voudrais qu’on vienne me chercher. Je veux toujours qu’on vienne me chercher. Dans ma tête, il y a toujours quelqu’un qui vient me sortir de mon isolement. Personne ne viendra. Il n’y a jamais personne dans les bars d’hôtel. »

Ce roman possède certes un aspect documentaire sur une certaine jeunesse dite « dorée » pour ceux qui ont dépassé la vingtaine, ne vivent pas dans les quartiers bobos parisiens et ne fréquentent pas la grande synagogue de Paris mais pas que.

« Je retrouve mon horrible classe. Les autres élèves ont tous l’air contents de leur sort. Je les envie. Maintenant, je fume le matin avant les cours. Ca me donne un genre que j’aime bien. Heureusement qu’il y Flora. Elle est déprimée, elle aussi. Elle a passé ses vacances à New York.»

Sacha Sperling / DR

Ce roman peut agacer ceux qui connaissent la crise comme cette auteure aigrie. Pourtant, ce n’est pas sa vocation. Sacha Sperling fait preuve d’une grande maturité, de lucidité, de cynisme et étonne par le recul qu’il est capable de prendre à 18 ans only.

« Comme moi, vous avez un jour regardé le ciel, à l’aube du crépuscule, en vous demandant pourquoi les étoiles n’arrivaient pas.

Comme moi, vous avez compris que votre vie allait commencer sans que vous n’y puissiez rien.

Parce que, comme moi, vous avez eu quatorze ans. »

 A ce stade de la note, oubliez tout ce que je viens d’écrire : Mes illusions donnent sur la cour est avant tout un passionnant roman sur une relation entre deux garçons de 14 ans :  Sacha aime Augustin. Augustin s’aime et vampirise Sacha. Sacha se laisse influencer . Augustin n'assume pas son homosexualité. Sacha se sent humilié...

272 pages. Chapitres courts. Le premier est dans la chronologie le dernier. Beaucoup de digressions. Souvent utiles. Rarement superflues. Phrases courtes. Rythmées. Poétiques. Imagées. Des références à Bret Easton Ellis. Des propos durs tenus par un jeune auteur avec une gueule d’ange. Ce roman ne laisse pas indifférent. J'attends le deuxième avec impatience !!!

A découvrir donc même si je ne suis pas convaincue à l’instar de Frédéric Beigbeder que  « Sacha Sperling vient de publier le « Bonjour Tristesse » de son époque ».

Mes illusions donnent sur la cour sera certainement adapté au cinéma.

En bonus, la playlist des morceaux cités par Sacha tout au long du livre :


Plus d'infos :
Entretien avec Sacha Sperling sur Fluctuat
Critique de Lire
Critique du livre par le germano-pratin Jean-Paul Enthoven pour Le Point
Critique de L'Express
Critique de Marie-Claire



Publié dans Divers

Commenter cet article

stephan 28/09/2009 12:28


“mes illusions…” est un événement … Ce livre doit être élevé au-dessus de l’état d’esprit ordinaire … tout me plaît beaucoup dans le livre et tout y passe … drogue, sexe, ados, alcool…
C’est parfois captivant comme cela peut être démoniaque…j’adore… merci A Sacha Sperling et merci A Sacha Winter…


Nicolas 17/09/2009 17:46

Sur ce livre, je vois de bonnes critiques partout, mais l'histoire ne me branche a priori pas. Je ne pense donc pas que je le lirai mais il ne faut jamais dire jamais.

Milega 17/09/2009 20:07


Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ! :-)


A 06/09/2009 16:10

Je crois bien que je vais me l'acheter, même si j'en ai un peu de marre de ces 'fils de' qui racontent leur mal-être (Lolita Pille et consor). Cependant, si tu me dis que c'est surtout une histoire d'amour compliquée, dans un monde compliqué, je me laisse tenter! Te dirai quoi!!

Milega 08/09/2009 22:39


Mieux que Lolita Pille...


Amandla 30/08/2009 03:34

Dures les critiques, surtout de la part de personnes qui n'ont pas pris la peine de lire le livre.j'ai du mal à comprendre comment on peut avoir autant de préjugés.Est-ce qu'un survivant de telle ou telle guerre se ferait démolir à se point s'il racontait son expérience? j'en doute, et pourtant c'est souvent la mêeeeme chose non?Quand on n'aime pas quelque chose qu'on est pas obligé de se farcir, où est le besoin de le démolir? passer outre demande tellement moins d'énergie.bref, perso je ne connais pas ses parents (alors "fils de"...), j'm'en tape qu'ils aient du fric, j'aime juste bien sa façon d'écrire (pour le moment), et j'avoue que j'ai de plus en plus d'espoir en ce qui concerne les jeunes auteurs français (genre Alizé Meurisse)après, va savoir si j'aimerai sa façon d'écrire sur 200pages, va savoir si son sujet est bien exploité, va savoir s'il a su ne pas être plat sur la longueur...je vais le lire et je jugerai plus tard ^^mais de te voir si enthousiaste, ça donne envie de creuser un peu =)))(mais où trouve tu le temps de lire??!)