Melody repousse la nuit

Publié le par MuLes


Vendredi 24 juillet 2009, Jardins de Cimiez, Nice.
Nice Jazz Festival

Je savais que tous les artistes de ce soir-là me plairaient même si j'avais pris mon ticket principalement pour deux d'entre eux. Dans l'après-midi, j'avais eu l'avantage d'écouter trois musiciens répéter sur la petite scène (scène Matisse) en allant au musée tout proche. nullCa swinguait grave, ça sentait bon le sable chaud et surtout le bon Jazz. Avant d'être rejoint par Molly Johnson, les sidemen avaient pris un malin plaisir à "jamer" et à jouer des morceaux entiers. Au même moment, on entendait les répétitions de Raphael Saadiq sur la grande scène (Scène Jardins). Ca commençait bien...


Je n'avais pas été entièrement séduite par le dernier album de Molly Johnson : Lucky ; les reprises étaient bonnes mais manquaient d'originalité. En live, c'est tout autre chose. Je suis arrivée légèrement en retard et la chanteuse avait déjà emballé le public, une foule importante s'amassait alors sur les chaises et autour pour l'acclamer.


Elle, pleine de joie de vivre et plaisantant avec le public en anglais, ses musiciens au cordeau dont son armoire à glace de pianiste et une ambiance bonne enfant régnaient sur le parterre de mélomanes. Ses morceaux résonnaient de swing : Lucky le titre phare de son dernier opus, Sisters, Whatever Lola wants... et le public répondait chaleurement. Même les photographes étaient complètement charmés, étonnés qu'elle aie été la première à leur dire bonjour. Entre les titres, elle évoque son bonheur d'être à Nice et a des paroles affectueuses  pour la France, son fromage, son vin... ses chaussures... 

Molly Johnson - Whatever Lola wants (reprise de Sarah Vaughan) Live@Nice Jazz Festival




Comme beaucoup, je quitte prématurémet le devant de la scène Matisse pour me frayer un chemin dans le public debout devant la scène Jardins, prête à attendre Raphael the Soul man Saadiq. Je vous avais déjà parlé de lui juste avant que son dernier album The Way I see it ne sorte et rencontre le succès.



Placée juste derrière la barrière, je n'ai pas loupé une miette du spectacle. Entrée énergique très classe parmi ses musiciens très classes aussi tous de noir vétus, lui en costard vert amande et lunettes reconnaissables entre toutes qu'il allait abandonner au fur et à mesure du concert. He's handsome ! Dansant, toujours charmeur, quelques fois sensuel ou faisant exploser les codes de danse Soul (Les Temptations et autres au placard), Raphael a tout emmené sur son passage.
Presque tout l'album y est passé : 100 yard dash, Love that girl, Staying in love, Keep marchin', Let's take a walk, Never give you up, Sure hope you meant it...


Raphael Saadiq - Keep marchin' Live@Nice Jazz Festival



nullPrincipalement entourée de français, comme ça sera le cas pendant quasiment toute la soirée, je remarque que beaucoup de monde le connaît et apprécie sa musique ; certains apparemment habitués de ses concerts prévoient même ses paroles.

Traduction :
Raphael Saadiq : "Permettez-moi de vous poser une question?
Un gars, oui un gars, dans le public : Je t'aime !
Raphael (souriant) : Est-ce que vous m'aimez?
Public : Yes (pas besoin de traduction!)
Raphael (chantant) : Do you mean what you say when you say you love me..."

Le concert avançant, son choriste CJ qui n'en ai pas vraiment un était en nage depuis la deuxième chanson, Raphael remontait ses manches de chemise à la cinquième, quelques gouttes perlaient sur son front. Sans ses lunettes, on dirait un clone d'Obama ; euh, disons qu'il se trémousse de manière plus subjective, qu'il a un déhanchement plus nonchalant et des tatouages... Grrrrrrr.
S'emportant souvent dans leur danse, ils en ont cassé le micro, non, deux micros qui ont terminé aphones à force d'avoir été jetés et échangés entre Raphael et CJ.
Pour Never give you up, un titre enregistré notamment avec Stevie Wonder à l'harmonica, Raphael et CJ ont donné également de leur personne. En fin de concert, c'était au tour  du clavieriste de démontrer de belles capacités vocales. Mais, bassiste, guitariste, batteur étaient aussi excellents. Et le public bien agité saluait le chanteur, musicien, compositeur et producteur Raphael Saadiq qui s'est même mué en chef de coeur à l'occasion des derniers titres.
 

Raphael Saadiq - Sure hope you meant it Live@Nice Jazz Festival


Quittant la scène sur un arrangement funky de Let's the sun shine in, dont je me surprends, en tournant la tête, à être la seule à entonner le facile refrain. Forcément, la comédie musicale Hair n'a pas grand chose à faire dans le Nice Jazz Festival, et pourtant elle y était.


Le retard s'est accumulé avec sa prestation et bizarrement personne dans le staff ne bouge contrairement à mardi pour venir montrer la sortie aux musiciens. C'est donc avec un quart d'heure de retard que commence le concert de Chick Corea et Gary Burton.


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Il n'y avait plus de place assise, les photographes se massaient tant bien que mal dans leur zone et même en dehors pour prendre leurs clichés. Le public a commencé à envahir l'espace de sécurité entre les barrières et les premières chaises.
Les artistes sont proposé des reprises, réarrangements et compositions invitant à la douceur et à la contemplation. J'ai particulièrement aimé le titre hommage appelé Bud Powel.

Jouant avec les cigales en fond sonore, les deux artistes étaient peu causants mais laissaient la place à la musique dans le peu de temps qu'ils avaient.
A la fin de leur 45 minutes règlementaires (dont Chick Corea se plaignait en début), le pianiste a pris une leçon de vibraphone (ou presque) avec Gary Burton et leurs jeux ont egayé un public encore nombreux autour d'eux (voir la petit vidéo ici).


Chick Corea & Gary Burton Live@Nice Jazz Festival




Youssou N'Dour a fait déplacer les foules et un sentiment de "Bouger, bouger" a envahi le public en masse au pied de la scène Jardins. Danses, percussions, chant, l'ambiance était très chaude pour le concert du sénégalais.
Il a fallu faire des choix, alors je n'ai pas filmé Youssou N'Dour, mais heureusement d'autres s'en sont occupés ; voici une vidéo du début du concert pour vous montrer l'ambiance, perso, j'étais dans le maelstrom qui tournait, sautait, plutôt devant, perdue dans la foule.

Youssou N'Dour Live@Nice Jazz Festival




Partie très rapidement du concert de Youssou N'Dour, dont je savais pouvoir profiter partout dans l'enceinte du site, j'arrivais à la scène Matisse où 80% des chaises étaient déjà occupées, et celles qui ne l'étaient pas, étaient réservées par un pull, une serviette, gardées par un voisin. Et finalement, il y avait une place, euh, THE PLACE, une chaise vide au premier rang, place centrale !!! Je restais clouée à ma merveilleuse chaise en attendant Melody Gardot et entendant Youssou.
Ce qui me donnait un autre spectacle à voir : celui de la jalousie humaine. Je savais que les organisateurs s'étaient fourvoyés en pensant aux nombres de  places que pourrrait remplir la jeune chanteuse. Mais le carton de son dernier album qui fait redécouvrir son précédent me laissait présager l'émeute. C'était déjà l'émeute pour Chick Corea et Gary Burton ; pour Melody Gardot, ça allait être de la folie.


Bien avant qu'elle ne soit entrée sur scène, des spectateurs se dressaient tout contre la barrière alors que les premiers rangs assis n'y voyaient goutte. Beaucoup de français, quelques américains, une dame assez agée et bavarde à côté de moi, un adolescent qui pianotait sur son téléphone en attendant de l'autre côté, une petite famille avec enfants en bas âge s'installait devant moi après qu'un homme aux allures de routier et son jeune fils s'y soient déjà faits leur place au soleil... L'unique petit gars de la sécurité est arrivé à faire asseoir tout ce petit monde, tous sauf quatre ou cinq mecs ressemblant à des culturistes décérébrés dont un qui allait même s'en prendre violemment dans les termes aux spectateurs assis qui lui demandaient de s'asseoir. L'ambiance était électrique et c'était sans compter sur l'animosité de certains spectateurs envers les photographes qui ont obturé une partie de la scène pendant trois chansons.


Melody Gardot - Our love is easy Live@Nice Jazz Festival 


Devant un public d'ores et déjà acquis à sa cause et commençant derrière son piano, Melody Gardot  a séduit ceux qui ne l'étaient pas encore ; en fait, les derniers qui ne la connaissaient pas. Alternant piano, guitare, percussions et tout simplement sa voix envoûtante, jouant des titres du premier comme du deuxième album (Worrisome heart, 2008 et My one and only thrill, 2009) : Who will comfort meWorrisome heart, Our love is easy, Les étoiles, If the stars were mine, Baby I'm a foolGood Night...
Accompagnés d'excellents musiciens : une contrebasse à longue barbe, un percussionniste, un vibraphone, un jeune et joli saxo et une trompette, on retrouvait l'esprit petit comité du premier album (Adieu les cordes frottées et le grand orchestre). Jazz, Bossa et Blues retrouvaient leurs notes de noblesse.




Melody Gardot - Baby I'm a fool Live@Nice Jazz Festival 



Je la savais coquette et elle est lumineuse. Mais j'ai été épatée par son bagou. Interpellant le public souvent en français, elle s'exprimait avec humour et légèreté. Son anecdote sur la grand-mère qui l'a pratiquement élevée a été très apprécié. Imaginez ce petit bout de femme de 24 ans, toute en blondeur et en lunettes noires évoquant et mimant son ancètre fumant à la manière de nullMarlène Dietrich dans L'ange bleu vieillissant alors qu'elle grandissait en maturité.
J'attendais Goodnite (un de mes titres préférés du premier album) avec impatience et elle a heureusement pensé que le titre s'y prêtait bien.  Et elle a aussi trouvé le moyen de me surprendre, improvisant
30 secondes de Human Beat Box bluffantes, s'essayant comme elle le dit elle-même au Hip Hop, mais en talons aiguilles et avec classe.


Melody Gardot - Goodnite Live@Nice Jazz Festival 

Désolée, il manque la fin ; je n'avais plus de mémoire.


Dans la nuit, résonnait à la suite la reprise de Somewhere over the rainbow qui devait clore le concert.
Standing ovation, la foule se levait, en redemandait. Et malgré les minuits passés, aucun signe du staff lui interdisant de chanter, la mélodieuse est donc revenue sur scène et a offert une reprise de rigueur : Summertime dans une version jazz très gaie. Ah comment oublier la Melody dansant presque avec sa canne s'éloignant de dos vers le fond de la scène sous les vivas du publics et les notes de musique. Dernière image charmante d'une soirée qui ne le fut pas moins ; j'ai trouvé une vidéo de ce temps de l'été inattendu ici.

Minuit vingt, jamais jusqu'à ce jour, depuis le début de cette semaine de festival, le site des jardins de Cimiez n'avait fermé ses portes si tard. Vingt minutes après le "couvre-feu" obligatoire pour cause de navette, de voisinage ou je ne sais quoi, je cherche les visages des personnes avec qui j'ai sympathisé dans l'inextricable foule qui tente de sortir tant bien que mal des jardins de Cimiez. J'entends les commentaires des festivaliers : "... je préfère MA Gardot..." (tiens elle appartient à quelqu'un???), le père à l'allure de routier avec son adolescent de fils, véritable perche : "... elle a une voix magnifique, c'est doux..." "Ouais, elle est excellente, belle et..."
LA Melody a converti les non-initiés au Jazz et en a séduit plus d'un (il n'y a plus de CD au point de vente). Je suis sûre d'une chose : si elle repasse en concert par chez moi, je me "jetterai" dans la bataille pour acheter mon billet.




Publié dans Concerts-festivals

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wils 05/09/2009 01:21

Aujourd'hui j'étais à la fnac, je cherchais par ci par là, un album à moins de 10€ (le magasin est en période de destockage ...) dans l'espoir de trouver le tout premier album de Norah Jones sorti en 2002. Je m'approche du rayon "Jazz Vocal" et c'est là que j'aperçois au dessus de mon nez le dernier album de Melody (

Maya 11/08/2009 23:58

Re-merci pour le CR, là j'y étais à un chouia... (je me suis gavée de son premier album au Maroc, sur mon PC jusqu'à pas d'heure).

A 28/07/2009 15:04

Si tu veux écouter une autre pure voix, y'a Alice Russel aussi! Elle joue souvent avec un orchestre soul...tu trouves les vidéos sur Youtube...;-) Enjoy!

MuLes 28/07/2009 20:08


Alice Russel, on connait par ici ; Milega en avait déjà parlé sur ce blog à plusieurs reprises.


LOLA 28/07/2009 07:33

Que du beau monde à ces festivals d'étés décidément........tu fais bien d'en profiter.... merci pour le partage en tout cas !

MuLes 28/07/2009 20:04


Du beau monde et beaucoup de monde ; ce soir-là c'était l'émeute !


Amandla 27/07/2009 16:56

aaaaaah, ben voilà bravo, t'as réussi à me foutre les boules du siècle...Raph, Youss et Melo...enfin...surtout raph quand même...=)
impossible que je les rate la prochaine fois que j'aurai l'occasion d'aller les applaudir!

ca avait l'air d'être THE soirée ;)))))

MuLes 27/07/2009 17:40


C'était très bon. Raphael Saadiq et Melody Gardot sont à voir absolument sur scène.
Une des meilleures soirées avec celle de James Taylor et Jake Shimubukuro d'après certains festivaliers.
Mais beaucoup ont aussi aimé les prestations de B.B. King et d'Erykah Badu...